Ma petite entreprise

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Je fais partie des gens qui vivent du metal en France. Evidemment je n’en tire aucune espèce de gloire puisque je me bats encore, près de huit ans après la création de Radio Metal, pour supprimer de mon quotidien les trois petites lettres présentes dans la parenthèse se situant juste devant le terme (sur)vivre.

Donc je n’ai pas vraiment de quoi la ramener sur le plan financier ! Haha !

Radio Metal fêtera ses huit ans le 1er avril 2015 et dans les faits cette année cela fera dix ans que je me donne corps et âmes pour développer ce projet. En effet la marque a été déposée en octobre 2005 et l’entreprise créée en mars 2007 (le temps de latence entre le dépôt de marque et le lancement de l’entreprise était dû au fait que j’ai bossé sur le projet parallèlement à mes études).

Dès le départ j’ai choisi le statut d’entreprise – inédit pour un média metal 100% web en France – car je voulais vivre de ma passion en gagnant beaucoup d’argent. Je n’ai aucun problème à le dire, ni à l’écrire, parce que justement je ne comprends pas pourquoi, en France, le fait de dire qu’on veut gagner de l’argent, qu’on est ambitieux et qu’on veut réussir est un problème… Mais passons.

Faire un métier-passion rémunérateur était donc mon objectif. Un objectif, j’ai pu m’en rendre compte tous les jours, bien difficile à atteindre. Car concrètement Radio Metal c’est aujourd’hui un Chiffre d’Affaires sur l’exercice 2014/2015 que j’estime aux alentours de 50 000 euros. Un montant qui permet à l’entreprise de fonctionner, de payer des prestataires de services mais de ne sortir qu’un seul salaire au SMIC et rien de plus. Une situation complexe d’autant plus que la conjoncture du monde de la musique – avec des labels qui ont notamment beaucoup moins de budget marketing qu’avant – est globalement plus déclinante qu’ascensionnelle. Il faut donc trouver d’autres sources de revenus. C’est ce qu’on a fait avec la Boutique par exemple. Ca marche plutôt bien même si cela nécessite une organisation/logistique qui est bien loin d’être notre cœur de métier.

En fait, et c’est ce qui est un peu frustrant avec le web, il y a souvent un décalage entre la notoriété réelle et les revenus que cette dernière engendre. Pour moi l’exemple le plus révélateur de cet état de fait concerne les YouTubeurs qui en gros vont gagner 1 (!) euro pour 1 000 vidéos vues ce qui, quand on y réfléchit un peu, est vraiment très faible. Ainsi un internaute qui fera des vidéos vues par 100 000 personnes, ce qui est quand même beaucoup, va gagner environ 100 euros… ce qui est quand même très peu ! Du coup seuls les plus gros podcasters comme Norman, Cyprien etc. vont pouvoir vivre correctement de leur activité car ils touchent des millions de personnes. L’économie du web est par conséquent compliquée car peu rémunératrice pour ceux qui travaillent dans le Do It Yourself même si tout le web ne peut (évidemment) se résumer ainsi.

Mais vous voyez souvent on me dit « wha c’est impressionnant ce que vous avez fait ! 100 000 fans sur Facebook et tout ! Chapeau ! ». Alors oui, en effet, on a progressé, on a su trouver notre public et on est loin des 500 (!) euros de rentrées qu’on avait fait la première année d’activité. Mais quand bien même : dix ans d’investissement pour à peine le SMIC, c’est assez loin de mes aspirations initiales et ce n’est surtout pas du tout en phase avec l’énergie que j’ai mis dans ce fichu projet ! Malgré tout, et par delà cette réalité économique difficile, j’ai tout de même conscience d’être un privilégié pour deux raisons éminemment importantes qui font que je me verrais mal arrêter Radio Metal du jour au lendemain : je suis heureux et je fais ce que j’aime.

L’essentiel est là.

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