Jesse Hughes doit se taire

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Je n’en peux plus de faire des news sur Eagles Of Death Metal (voir tous les liens en bas de cet article). Ce que Jesse Hughes pense de la sécurité du Bataclan, ses excuses sur le sujet, la diffusion du concert de l’Olympia sur Canal + la semaine dernière, leur statut de tête d’affiche à Rock En Seine 2016, l’interview accordée à Vice etc. : si j’étais un grossier personnage je dirais que j’en ai vraiment plein le c** de tout ça ! La gestion de l’après-Bataclan par le groupe (et certains médias) m’interroge et je vais donc tenter de mettre des mots là-dessus.

Même si ce n’est pas forcément simple de mettre, encore une fois, des mots sur le Bataclan et ses conséquences.

Les membres du groupe Eagles Of Death Metal ont été traumatisés par les événements du 13 novembre et c’est logique. Dans sa lettre d’excuse suite à ses déclarations récentes sur le manque de sécurité au Bataclan le soir du massacre, Jesse Hughes a déclaré qu’il ne cessait pas de faire des cauchemars par rapport à tout ça et je le crois aisément. En effet je n’ose imaginer ce qu’il a vécu, à l’instar de toutes les personnes présentes ce soir-là, et je comprends tout à fait qu’il ait besoin d’évoquer le sujet pour se libérer du fardeau que ces fanatiques ont mis bien malgré lui sur ses frêles épaules de chanteur de rock.

Néanmoins, bientôt cinq mois après les faits, il serait de mon point de vue très positif que les membres du groupe, et particulièrement Jesse Hughes, prennent la décision – ou que quelqu’un leur dise – d’arrêter de parler publiquement du Bataclan.

Car encore une fois, si je comprends bien le besoin d’évoquer le sujet, le fait est que communiquer sans cesse sur celui-ci pose de plus en plus la question de la « récupération » des attentats au profit du groupe. Et au vu des nombreux commentaires que je lis ici et là sur la Toile affirmant en substance « que le groupe profite des attentats pour se faire de la pub » je crois sincèrement qu’il est dans son intérêt, en termes d’image, d’arrêter d’évoquer publiquement cette affaire. Et c’est sans doute le rôle du manager de faire passer ce message-là…

Car même si beaucoup d’internautes y vont trop forts en tenant des propos injurieux et haineux, il est malgré tout incontestable que la notoriété du groupe s’est beaucoup développée depuis les attentats. Ce n’est pas une opinion, c’est un fait. Jamais EODM n’aurait fait la tête d’affiche de Rock En Seine 2016, ou eu droit à des reportages sur les médias généralistes, avant les attentats. C’est une évidence. Mais il faut dire que depuis le 13 novembre le groupe est un incroyable bon client pour ces médias qui, visiblement, en profitent à fond ! Jesse Hugues qui est hébété ici, Jesse Hugues qui verse une larme là… bon je caricature mais franchement c’est de cette manière que ça se passe.

Canal +, par exemple, aura fait ses choux gras avec Hughes en ne cessant d’aller à sa rencontre (preuve 1, preuve 2) pour finir par diffuser samedi 19 mars le concert donné à l’Olympia par EODM le 16 février dernier. Une diffusion qui, vraiment, pose question. Eux y ont vu (sans doute honnêtement et simplement, c’est ce que je préfère me dire) un hommage symbolique important mais moi j’y vois du voyeurisme un peu dégeulasse et du buzz. Je me dis que c’est peut-être moi qui ai l’esprit mal tourné mais quand sur la Toile j’observe des gens demander perfidement si Canal + a demandé l’autorisation aux familles des victimes (présentes en nombre à L’Olympia) de filmer leur visage, eh bien ça me parle car pour moi ces commentateurs tapent juste.

Après je n’ai pas souhaité voir cette diffusion donc je ne sais même pas comment ce concert a été mis en avant (si ça se trouve il a été traité avec justesse et sans recherche de l’émotion) mais au fond là n’est pas le problème car c’est avant tout la démarche initiale qui me gène, à savoir la diffusion en tant que telle. D’ailleurs, après avoir vu la manière de faire hautement putassière made in America de Vice, je n’ai plus envie de voir ce que les « gros médias » en quête de sensationnalisme sont capables de faire par rapport ‘Au-Traitement-De-Eagles-Of-Death-Metal-Et-Du-Bataclan’.

Car il faut avoir conscience du décalage profond entre la manière dont les médias généralistes mettent en avant à outrance EODM aujourd’hui… et le ressenti de beaucoup d’acteurs du monde de la musique concernant le traumatisme du Bataclan dont une large partie souhaite tout simplement passer à autre chose. Par exemple, récemment j’ai déjeuné à Paris avec un acteur important du milieu de la musique qui me disait qu’il ne voulait pas se rendre à ce fameux concert de l’Olympia, et ce même s’il devait bosser sur place le jour j, car les symboles de ce concert étaient si forts, si lourds, que ça le rendait triste rien que d’y penser.

Il avait d’ailleurs eu un mot, aussi, pour les gens de l’organisation du concert et du label (des équipes qui se rapprochent de celles présentes au Bataclan parce que le groupe est le même, que son label est le même et que son tourneur français est le même) qui seraient là, au guichet, pour gérer les invités dont beaucoup étaient des familles des victimes. Une remarque pertinente qui m’a d’autant plus fait prendre conscience de la différence de perception concernant la diffusion de ce concert avec d’un côté beaucoup d’acteurs du monde de la musique qui en ont marre d’entendre parler de l’événement et de l’autre un gros média qui part du principe que c’est important de le diffuser au public…

Il y a donc un décalage réel entre les acteurs de la musique qui ont été traumatisés par toute cette affaire, pour qui c’est très dur de voir tout ça à tel point qu’ils ne veulent pas forcément y être confronté (comme les psychologues le comprennent aisément), et la gestion qui en est faite par des médias comme Canal +. A-t-on franchement besoin d’en remettre encore une couche sur le Bataclan ? Ne peut-on pas passer à autre chose, avancer, au lieu de surfer sur l’émotion qui fait pleurer dans les chaumières ?

Depuis le 13 novembre j’ai fait sur le site une quinzaine de news concernant Eagles Of Death Metal. Toutes ne sont pas liées au Bataclan mais cela correspond à environ une information relayée par semaine sur ce groupe depuis les attentats. Pour moi c’est vraiment trop et cela montre en partie que si le combo américain ne veut pas être vu comme une formation qui a développé son audience pour de mauvaises raisons, il faut qu’il se taise à partir de maintenant et refuse systématiquement de répondre aux demandes d’interviews liées au Bataclan car je crois vraiment que sur ce sujet tout a été dit.

J’ai trouvé les premiers communiqués du groupe remarquables après le 13 novembre, notamment pour avoir déclaré publiquement sa volonté de finir son set du Bataclan seulement quelques jours après le drame, mais maintenant il me paraît primordial pour son image qu’il passe à autre chose.

Eagles Of Death Metal sur Radio Metal depuis les événements :

13 novembre 2015 : Prise d’otage au Bataclan.
14 novembre 2015 : Des catholiques intégristes évoquent « la part du Diable » du groupe.
18 novembre 2015 : Le groupe communique sur les attentats.
26 novembre 2015 : Le groupe explique qu’il veut finir son concert de Bataclan ; interview à Vice.
6 décembre 2015 : Eagles Of Death Metal joue avec U2 à Bercy.
16 décembre 2015 : Le groupe annonce qu’il jouera à L’Olympia de Paris.
21 janvier 2016 : Le concert de l’Olympia est complet.
15 février 2016 : Laurence Ferrari s’entretient avec Jesse Hughes.
15 février 2016 : Le Grand Journal de Canal + s’entretient avec Jesse Hughes.
23 février 2016 : Canal + annonce qu’il va diffuser le concert de l’Olympia.
26 février 2016 : EODM annule sa tournée européenne.
10 mars 2016 : Eagles Of Death Metal à Rock En Seine ?
10 mars 2016 : Jesse Hugues évoque le manque de sécurité au Bataclan.
14 mars 2016 : Jesse Hugues présente ses excuses pour ses propos sur le manque de sécurité au Bataclan.
21 mars 2016 : EODM tête d’affiche de Rock En Seine.

Une réflexion au sujet de « Jesse Hughes doit se taire »

  1. K.

    Bonjour,

    Même si mon opinion s’oppose radicalement à la vôtre, je suis tout à fait d’accord avec vous : il faut un journalisme loyal et des artistes responsables. Ces termes ne sont pas antithétiques.

    Bien à vous,

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