Soyons des ayatollahs de la vie

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Comme beaucoup j’éprouve d’immenses difficultés à me remettre du massacre du Bataclan. Pour mes trente ans, mes amis avaient eu la bonne idée de m’offrir un voyage à Berlin et on avait choisi avec ma copine de se rendre en Allemagne du 13 au 20 novembre, ce qui nous permettait de profiter du concert de Whitesnake à la Columbia Halle qui se tenait le 16 novembre dernier.

On avait atterri à Berlin dans l’après-midi du vendredi et un peu fatigué du déplacement on regardait tranquillement le match France-Allemagne quand on a eu la notification sur nos portables « Fusillade à Paris » avec dans la foulée l’annonce de la prise d’otage au Bataclan.

Ma première réaction a évidemment été de penser à mes proches qui pouvaient éventuellement être présents sur place, c’est-à-dire au staff de Radio Metal qui bosse pour nous sur Paris et à mes autres amis qui auraient très bien pu se rendre à ce concert d’Eagles Of Death Metal. Rivés sur BFMTV et complètement anesthésiés par ce qui était en train de se dérouler sous nos yeux, on ne pouvait qu’attendre les nouvelles la peur au ventre alors que le nombre de morts ne faisait que grandir. Tout cela pour, le lendemain, commencer à apprendre les premiers noms des victimes.

Le samedi 14 novembre on a ainsi appris via un Tweet de Pascal Nègre que Thomas Ayad faisait notamment partie des victimes. Thomas était mon contact principal chez Universal Music France car c’est lui qui gérait notamment la promotion d’artistes comme Metallica ou Rammstein. Le 24 septembre dernier c’est à l’occasion de la sortie du nouveau DVD live de Rammstein que j’avais à nouveau pu échanger avec lui. C’était un passionné de musique, un vrai de vrai, et encore aujourd’hui j’avoue ne pas vouloir admettre qu’il est mort sous les balles parce que des timbrés sont rentrés dans une salle de concert avec pour objectif de faire un carnage. C’est au-delà des mots, tellement aberrant et au final si irréel que j’ai vraiment du mal à me dire que tout cela n’est rien d’autre que la stricte vérité.

Le message que les terroristes cherchent à nous faire passer est qu’on ne sera dorénavant en sécurité nulle part. Stades de foot, salles de spectacles, terrasses de cafés : tout ce qui fait notre quotidien peut devenir une cible. Ils cherchent à nous effrayer, à pénétrer notre conscience, en ayant pour but de nous empêcher de vivre, de jouir et de savourer notre liberté. Mais ce combat est perdu d’avance et à ce titre je fais partie de ceux qui ont regretté que des événements soient annulés dans la foulée de la tragédie car si j’en ai évidemment bien compris les raisons, je me dis que ces annulations ou reports ont fait plaisir aux terroristes de tous bords. Et permettre à ces gens-là de croire qu’ils sont capables de mettre en échec ce que nous faisons, et ce que nous sommes, me déplaît véritablement.

La tristesse est absolue mais nous n’avons pas le choix : il faut continuer à vivre, à nous déplacer aux événements et à partager nos passions dans la joie et dans l’amour. Loin de ces ayatollahs de la mort qui se servent d’outils politico-religieux pour dégueuler leurs névroses. Sérieusement, ce ne sont quand même pas des gars qui sont obligés de se shooter aux amphétamines pour inhiber leurs émotions avant de passer à l’acte qui vont réussir à nous terroriser !

Même si ce n’est pas forcément chose aisée, notre meilleure réponse est par conséquent de continuer à mener notre vie actuelle comme notre vie de l’avant-Bataclan. Ce sera sans doute notre plus bel hommage aux victimes car il faut garder en tête que Thomas et tous les autres sont morts simplement parce qu’ils avaient l’outrecuidance de savourer la vie.

Plus que jamais cette dernière doit donc être célébrée (contre vents et marées).

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