Génération Tove Lo

Par défaut

image

Dans la multitude des morceaux abscons proposés sur les radios généralistes se dégagent de temps à autre, et fort heureusement ai-je envie de rajouter, des petites pépites. Si ces dernières peuvent passer inaperçues ou connaître un très grand succès, Tove Lo et son « Habits (Stay High) » ont eu la chance d’appartenir à la seconde catégorie. Approchant à ce jour près de 350 millions de vues sur YouTube pour son Hippie Sabotage Remix sans oublier les 160 millions pour la chanson originale, Tove Lo est une artiste qui comme beaucoup a démarré sa carrière aux yeux du grand public grâce à un morceau phare devenu un hit planétaire.

Cela s’explique selon moi par différents aspects interconnectés mais tout d’abord, si vous le voulez bien, écoutons cette chanson ensemble en regardant son clip vidéo.

La première raison du succès de cette chanson réside probablement dans la manière dont elle sonne (et ce que musicalement elle évoque). Elle représente en effet à merveille ce que recherche le public et ce que veulent mettre en avant les radios : la modernité. Une modernité incarnée par un rendu très synthétique qui donne la prime à la technologie et aux samples. On note donc logiquement un résultat très électronique avec une voix à la limite d’être vocodée (remix oblige). Sur le plan musical en tant que tel, la mélodie des couplets est hyper entêtante car répétée à l’envi à l’instar du refrain. On est en plein dans l’accroche, dans la recherche de l’efficacité. Le principe d’un tube en somme.

La deuxième explication du succès du remix « Habits (Stay High) » est pour moi la voix d’Ebba Tove Elsa Nilsson. Une voix qui se rapproche plus d’une jeune fille de seize ans que de la maturité d’une femme d’âge mûr (l’artiste a vingt huit ans). Quand on écoute cette chanson on a typiquement l’impression d’entendre au micro une femme/enfant qui avec ses lignes vocales entêtantes véhicule l’idée de détachement, presque de désespoir. Tove Lo y incarne une muse 2.0 qui sait se faire mélancolique.

Le troisième facteur, ce sont les paroles de cette chanson qui traitent selon mon interprétation personnelle de la volonté de chacun de toujours vouloir « rester haut », c’est-à-dire de toujours vouloir planer. L’envie de faire la fête, de perdre la tête, de ne plus être soi-même « to climb » : voilà pour moi de quoi cette chanson parle et je ne suis ainsi pas étonné que beaucoup de jeunes, pour ne pas dire beaucoup de 15-35, se retrouvent là-dedans. Par bien des aspects la vie est une telle torture qu’il est de mon point de vue bien compréhensible que tant de choses soient utilisées par tant de gens comme échappatoires…

D’où le succès de ce clip d’ailleurs, où l’on voit une Tove Lo à bien des endroits hétérogènes, dans bien des situations et tenues différentes, cueillir le jour surtout la nuit. L’alcool comme moteur, on voit la noctambule éméchée se faire embrasser goulument ou dormir à l’arrache avec des gens dont elle ne sait probablement pas le prénom et avec qui elle ne se souvient sans doute pas d’avoir discuté la veille. Le regard perdu, la jeune fille marche sans savoir où elle va puisque son physique n’est en fait qu’un miroir de sa psychologie errante et finalement assez noire. Les maux de tête au réveil n’y changeront rien, elle repartira le soir-même à la recherche de la même frénésie, de la même envie d’ailleurs puisque, qui sait, rester chez soi au propre comme au figuré – c’est-à-dire seule dans sa propre tête et confrontée à ses propres problèmes – est peut-être une épreuve trop dure. Un obstacle trop difficile pour cette jeune fille qui bouche entreouverte apparaît déconnectée de son entourage dans les métros froids de cette ville fantôme. Elle a beau tenté de diluer son chagrin dans les pintes et résoudre ses maux de ventre en vomissant, notre Cendrillon moderne aura toujours besoin de murs (les points de repères) pour faire tenir un esprit et un corps qui vacillent. En manque d’idées claires, l’objet de la chanson chancèle comme nous tous, représentants de la jeunesse, qui lorsque nous regardons autour de nous avons l’impression, à bien des niveaux, d’appartenir à une génération sacrifiée, obligés d’évoluer dans une réalité qui donne envie de pleurer… ou d’aller se coucher comme le fait Tove Lo à la fin de son clip.

« Alors on va danser, faire semblant d’exister »
Damien Saez.

Les paroles de la chanson :

Staying in my play pretend
Where the fun, ain’t got no end
Staying in my play pretend
Where the fun, ain’t got no end
Staying in my play pretend
Where the fun, ain’t got no end
Ooh
Can’t go home alone again
Need someone to numb the pain
Can’t go home alone again
Need someone to numb the pain
Can’t go home alone again
Need someone to numb the pain
Ooh
Staying in my play pretend
Where the fun, ain’t got no end
Ooh
Can’t go home alone again
Need someone to numb the pain

You’re gone and I gotta stay
High all the time
To climb to
High all the time
To climb to
High all the time
To keep you off my mind

High all the time
To climb to
High all the time
To climb to
High all the time
To keep you off my mind

Staying in my play pretend
Where the fun, ain’t got no end
Staying in my play pretend
Where the fun, ain’t got no end
Staying in my play pretend
Where the fun, ain’t got no end
Ooh
Can’t go home alone again
Need someone to numb the pain
Can’t go home alone again
Need someone to numb the pain
Can’t go home alone again
Need someone to numb the pain
Ooh
Staying in my play pretend
Where the fun, ain’t got no end
Ooh
Can’t go home alone again
Need someone to numb the pain

You’re gone and I gotta stay
High all the time
To climb to
High all the time
To climb to
High all the time
To keep you off my mind

High all the time
To climb to
High all the time
To climb to
High all the time
To keep you off my mind

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *