Bertrand Cantat

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Bertrand Cantat a choisi de ne pas se produire lors des festivals d’été 2018. Comme vous le savez, certains pensent qu’il ne devrait plus avoir la possibilité de jouer sur scène à cause des événements que tout le monde connaît. A mes yeux cette affaire, et la polémique qui va avec, sont révélatrices de bien des choses qui me tiennent à coeur et dont je voulais discuter ici avec vous.

Bertrand Cantat a été condamné à huit ans de réclusion pour avoir tué sa compagne, Marie Trintignant, en 2003 à Vilnius en Lituanie. Bertrand Cantat a commis un crime pour lequel il a été puni. Tout cela est une tragédie depuis le début et pour moi, concernant cette affaire à proprement parler, il n’y a objectivement rien de plus à dire que « c’est une terrible tragédie ». Car quand un drame comme cela survient, avec en plus la Mort à la clé, cela ne peut qu’inspirer une profonde tristesse et je me vois mal ajouter quoi que ce soit sur le sujet.

Bertrand Cantat a commis un crime pour lequel il a été puni. Pourtant, certains pensent qu’étant donné les circonstances (le meurtre) et son statut (chanteur), il est immoral (et/ou pas normal) qu’il puisse de nouveau chanter devant un public.

Pour être tout à fait honnête, j’avoue être surpris que la question se pose.

Pour une raison très simple : si Bertrand Cantat avait été barman ou technicien de surface, la question qu’il reprenne ses activités (pour le même délit et avec la même peine) se serait-elle posée ? Evidemment que non. Du coup, si cette question est posée, c’est avant tout parce que Bertrand Cantat est un personnage public. Et en tant que personnage public, ses faits et gestes sont continuellement analysés/scrutés grâce au suivi de nos chers médias. Ce qui donnent aux gestes concernés une portée bien supérieure aux faits et gestes du quidam. Dans cette optique, à cause de son statut et de qui il est, on en vient donc à poser une question qui ne devrait jamais se poser.

C’est la différence entre « être condamné en tant que personne normale » et « être condamné en tant que personnage public… et devenir un phénomène médiatique ».

Pourtant, il ne faut pas forcément être juriste pour comprendre qu’en Démocratie, quelle que soit la peine de prison infligée et le crime commis, chacun a le droit à la réinsertion. Alors je comprends bien que cela en énerve plus d’un, que beaucoup voudraient que Bertrand Cantat ressente encore plus de douleur pour ce qu’il a fait etc. Mais en fait ce n’est pas comme cela que, dans une société civilisée, les choses doivent fonctionner. Lorsque quelqu’un effectue une peine de prison, et qu’il la purge, derrière il a le droit à la réinsertion. Vous trouvez ça dégueulasse ? Vous pensez qu’il aurait du écoper d’une peine plus grande de 10, 20 ou 100 ans de prison ? Peut-être même êtes-vous pour la peine de mort ?

Toutes vos opinions éventuelles sur le sujet sont respectables, pas de soucis avec ça, mais personnellement je pense juste qu’il faut laisser tranquille ce mec.

Il est tout à fait logique que Nadine Trintignant tienne les propos qu’elle tient. Elle a perdu sa fille et je n’ose imaginer sa douleur. Elle parle sous une émotion que je ne peux, et ne souhaite pas, imaginer tellement elle doit être douloureuse. La perte d’un enfant étant, comme chacun peut s’en douter, une épreuve au-delà de l’horrible. Dans cette optique, je comprends parfaitement ce que dit Nadine Trintignant de par la position dans laquelle elle est : 1. Sa fille est décédée sous les coups d’un individu ; 2. Sa fille est décédée sous les coups d’un individu dont elle entend continuellement le nom. Là encore, cela doit être atroce à vivre. D’autant plus que, cerise sur la gâteau pour elle, l’individu en question est applaudi par la foule.

Si l’on se met à sa place, c’est franchement terrible et intolérable.

Mais malgré cela, malgré cette souffrance qui fait terriblement mal au cœur, on ne peut passer sous silence le fond de son propos. Les faits sont ce qu’ils sont : Bertrand Cantat est en liberté et souhaite reprendre ses activités. Des associations et d’autres voix voudraient l’en empêcher. La question que cela pose est donc : au nom de quoi doit-on/peut-on l’en empêcher ? Au nom de ce qu’il a fait ? Au nom de ce qu’il est ? Au nom de ce qu’il symbolise ? Au nom de ce que les gens pensent qu’il incarne ?

Je pense que la tribune de Philippe Laflaquière, le juge d’application des peines qui a décidé d’accorder sa libération conditionnelle à Bertrand Cantat, est juste et de bon sens.

Bertrand Cantat, comme chacun d’entre nous, est un mélange des genres. Il a en lui du bon et du mauvais. Chez lui, dans son Histoire, les choses ont toujours été poussées à l’extrême. C’est un mec radical et attachant. Evidemment, ceux qui le fréquentent depuis toujours le savent. Tous ceux qui sont proches de lui connaissent sa vraie nature. Qui il est. Comment il peut agir ou réagir. Ses (immenses) qualités et ses (immenses) défauts. Tous ceux qui, dans leur vie, choisissent de côtoyer quelqu’un qui a une telle personnalité savent à quoi s’en tenir. Bertrand Cantat est un débordement perpétuel et un paradoxe à lui tout seul. Dans sa carrière musicale, il a mis des mots sur des maux de centaines de milliers de personnes. Pour autant, c’est loin d’être un exemple. C’est loin d’être un modèle. C’est loin d’être le gendre idéal. Ses ténèbres sont gigantesques et abyssales. Perso, ce n’est aucunement mon gourou. Je l’aime sur certains aspects et je l’apprécie moins sur d’autres. Mais j’en ai assez de toute cette affaire et des jugements péremptoires qui vont avec. J’en ai assez qu’il soit devenu ce symbole-là. J’en ai assez de voir des associations, des Politiques etc., ici comme ailleurs, faire sans cesse de la récupération et influencer des gens parfois incapables de faire dans la subtilité. D’ailleurs que les haineux se rassurent : Bertrand Cantat devra porter un bien lourd fardeau jusqu’à la fin de ses jours. En tout cas, moi je n’ai aucun problème à dire que j’aime Bertrand Cantat puisque c’est la vérité. Il a des travers et, en effet, comme le dit justement Bernie Bonvoisin, « il y a quelque chose de black autour de ce lascar ». Mais quand on aime vraiment quelqu’un, on l’aime comme il est. Avec ses (immenses) soleils et ses (immenses) maladresses. Je vois dans la personnalité de Bertrand Cantat le clair/obscur que je vois chez moi. Que je vois chez vous. Que je vois chez nous tous. En tant qu’être humain, il n’est en rien différent de nous. Et ce n’est pas parce qu’il a commis un acte que beaucoup n’aurait pas commis, qu’il mérite le traitement qui lui est réservé aujourd’hui.

Photo : Nico Pulcrano.

Une réflexion au sujet de « Bertrand Cantat »

  1. MARC ESTINES

    Désolé, mais le discours « artistique » de Bertrand Cantat ne colle plus avec le personnage qu’il a créé la nuit du drame et je le dis sans haine.

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