Louise est de retour

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L’annonce du retour de Louise Attaque a été en quelque sorte un tremblement de terre dans la planète du rock français, tant le groupe a marqué les années 90 et 2000. Coïncidant étrangement avec le retour au quasi-complet d’un autre groupe de légende, je parle bien sûr de Téléphone, ou plutôt maintenant des Insus, ils donnent à eux deux du baume au cœur aux nostalgiques, et de l’allant à une scène rock française qui ne manque pas de talents, peut-être juste un peu d’éclairage. Et ces deux retours triomphants se traduisent par des salles remplies et des affluences-records aux festivals, tant pour un groupe que pour l’autre.

Ce samedi 8 octobre 2016, c’est donc un Zénith de Paris au maximum de sa capacité qui attend avec impatience ceux dont on n’attendait même plus la reformation.

Dans le public, plusieurs générations se mélangent, et c’est ça la magie Louise Attaque. Les premiers, vingt et quelques années en 1997 (et donc vingt de plus aujourd’hui !) reviennent écouter la bande-son de leurs années folles. Les seconds ont grandi avec Louise, ont rêvé de s’appeler Léa (pour les filles, hein !) même si ça impliquait d’être chiante (parfois, ça n’empêche pas…) et auraient donné un rein ou même les deux pour voir le groupe il y a quelques années, mais même en 2016, on ne crache pas dans un si bon potage ! Les derniers, enfin, n’étaient même pas nés quand le premier album est sorti, mais ont été bercés par le violon d’Arnaud Samuel depuis le berceau, et semblaient bien heureux de se rendre compte que ces types-là existaient vraiment.

A 20 heures pile, les lumières s’éteignent, et la première partie, en l’occurrence le duo Housse De Racket (HDR pour les intimes) prend place. Les deux garçons délivrent une musique pop-rock très teintée électro (d’où le nom : ils rackettent la House Music) bourrée d’énergie. Constitué de Pierre Leroux au chant, guitare, synthés, looper, et j’en passe et de Victor Le Masne à la batterie, percussions, et chœurs, que certains auront pu connaître des débuts des groupes Air ou Phoenix ; le groupe aura bien du mal à acquérir à sa cause la majeure partie du public qui ne les connaissait pas encore. Et c’est bien dommage, car ils offrent une prestation scénique à la hauteur de l’événement, et une musique à la fois suffisamment efficace mais pas trop simpliste.

Les paroles sont un mélange de français et d’anglais, comme cela devient de plus en plus courant dans les groupes pop-rock français, ce qui rend le tout juste assez identitaire, sans nuire au groove de la chose. Ils entrent en scène sans bande son, sans jeu de lumière, mais avec une énergie qui les accompagnera tout au long du set. Pierre attaque la première chanson du set très rapidement, et il lui en faudra une paire d’autres avant de s’adresser au public d’un « Bonsoir, nous sommes Louise Attaque » qui provoquera l’hilarité générale. Ce sens de l’humour, de l’autodérision, c’est probablement la seconde grande caractéristique du groupe, et il ne leur fera jamais défaut pendant les trois quarts d’heure qu’ils passeront sur scène, notamment quand Victor entame l’intro de « Ton Invitation » à la batterie, immédiatement entonnée par l’ensemble de la salle.

Ils n’ont beau être que deux, Pierre et Victor arrivent à reproduire assez fidèlement les compositions, grâce à cette merveilleuse technologie appelée pédale de loop, notamment. Cela permet aussi à Pierre d’explorer la scène, sans rester planté derrière le pied de micro comme la plupart des chanteurs-guitaristes s’y retrouvent parfois contraints. Et à force d’en donner, ils finissent par recevoir un retour d’énergie du public, malheureusement plutôt en fin de set. Ils sortent de scène à 20H45, en ayant, il faut l’espérer, conquis au moins quelques dizaines d’auditeurs.

Après l’inévitable entracte pour réarrangement de scène, le moment tant attendu arrive enfin. A 21 heures à peine passées de cinq petites minutes, les lumières s’éteignent à nouveau, déclenchant une clameur à travers la salle. Clameur à peine retombée lorsque le trio, accompagné de ses deux musiciens de session, entre en scène. Une entrée des plus épurées, d’ailleurs. Pas de jeu de lumière digne de Las Vegas, pas d’intro jouée en entrant, juste une bande son, trois gars qui marchent, et qui saluent les quelques six mille personnes venues pour eux. Fait suffisamment rare pour être mentionné, Gaëtan Roussel prend le micro pour s’adresser au public avant même de jouer quoi que ce soit. Les remerciements aux fans auront plu pendant cette soirée, et l’on sent bien que le groupe est très reconnaissant, nous dirons même presque surpris, de cet accueil sur la scène, presque dix ans après l’avoir laissée. Et puis, le « quoi que ce soit » à jouer est arrivé, et ce n’était pas pour autant « n’importe quoi » (car ce n’était pas Florent Pagny sur la scène !). C’est en effet l’incontournable « Ton Invitation » (encore elle) qui a eu l’honneur d’entamer cette setlist.

Setlist qui, d’ailleurs, est suffisamment bien agencée pour promouvoir le nouvel album tout en faisant la part belle aux chansons plus anciennes, que la plupart du public était venu pour réentendre. En effet, huit chansons sur dix de ce nouvel album ont été jouées, mais cela laissait la place à douze autres. De quoi contenter tout le monde ! Et il faut dire qu’en guise d’introduction, on ne pouvait guère rêver mieux, et la quasi-totalité du public a accompagné la voix de Gaëtan pendant le morceau. Après un classique du groupe, c’est donc une nouveauté qui a pris le relais sans délai, « Avec le temps », et à notre grande surprise, presque autant de voix s’élevaient aux côtés de celle du chanteur, à croire que les commentaires désenchantés qui fleurissaient sur le net à la sortie de l’album ont fait place à la satisfaction d’avoir quand même un (bon) album à se mettre sous la dent, et que les fans l’ont suffisamment écouté pour le connaître par cœur. Le trio enchaîne sans plus tarder avec le premier single de ce nouvel album, « Anomalie », et toujours le public en appui, puis c’est au tour de « Si L’On Marchait Jusqu’À Demain », avant que Gaëtan, rejoint au centre de la scène par ses deux albums, ne se prête au jeu de « faîtes du bruit ! », un jeu auquel s’est prêté le public avec grand plaisir, et succès.

Suivent deux autres chansons du nouvel album, « Il N’Y Avait Que Toi » et le très beau titre « L’Insouciance », dont Gaëtan nous a livré les secrets de fabrication, qui a d’ailleurs été composée dans le même studio que l’une des chansons fétiches des fans de longue date, qui a donc suivi, et il s’agit de « Léa ». Après avoir introduit Nico (alias Nicolas Musset), le batteur qui remplace Alexandre Margraff dans cette formation live, c’est « La Plume » qui reprend du service, titre emblématique de celle de Gaëtan Roussel, si particulière et reconnaissable. Ensuite, on retrouve deux titres du nouvel album, « Du Grand Banditisme » et « La Chute », avant l’éternel « Tu Dis Rien », qui emporte les quelques réticents aux nouveautés. La première, bien que sonnant assez acoustique et pas très « typée live » sur album, était étonnamment intense sur cette scène, Gaëtan arrivant à retranscrire toutes les parties vocales de la chanson sans peiner, et sans l’aide des autres musiciens. « La Chute » semblait presque tirée des albums précédents, avec un violon prédominant dans cet arrangement live, un côté électro beaucoup moins prononcé que sur album, et un chant plus brut, évidemment, moins travaillé.

Ensuite, c’est un crescendo de plaisir pour nostalgique : « Pour Un Oui, Pour Un Non » suivie de « La Brune », « Savoir », avant d’entrer dans la troposphère avec « Amours », dans la stratosphère avec « Les Nuits Parisiennes », et même dans la mésosphère avec l’ultime « Je T’Emmène Au Vent ». On notera combien ces six-là n’ont pas vieilli d’un pouce, et sont toujours aussi efficaces, et entonnées de bon cœur par la grande majorité de l’audience. L’enthousiasme grandit jusqu’aux premières notes de violon du succès qui a lancé le groupe, et c’est là un étrange mélange d’excitation et d’anticipation de la fin de set qui nous envahit. Mais qu’importe, le Zénith explose littéralement, et Gaëtan savoure ce moment autant que nous. C’est ce qu’on appelle finir en beauté ! Finir ? Si vous avez compté, vous savez que non, il en manque ! Après quelques minutes d’impatience générale, les cinq musiciens sont de retour pour un premier rappel avec « Si C’Était Hier » du nouvel album, « Arrache-Moi », plus ancienne, où Robin Feix s’en donne toujours à cœur joie, et d’autant plus dans cette version rallongée (comme le café) et enfin « Chaque Jour Reste Le Nôtre ». Il est alors temps de remercier l’intégralité du staff, les musiciens live, dont le fameux Nico, mais aussi Yohann Ruelle aux claviers, synthés, percussions et chœurs, et bien sûr le public, qui comme nous l’avions déjà mentionné était plus qu’au rendez-vous.

Après une deuxième poignée de minutes dans la semi-obscurité, les cinq hommes reviennent, Robin, Gaëtan et Arnaud s’étant regroupés autour d’un unique micro amplifiant à la fois les instruments acoustiques dont ils sont maintenant équipés, et la voix de Gaëtan, pour deux titres supplémentaires, le « Vous Avez L’Heure » que, personnellement, j’attendais de pied ferme, et « Un Peu De Patience », à trois seulement, l’une des chansons mélanco-mélodiques du nouvel album, se savoure alors d’autant mieux en acoustique. Il est un peu plus de 22H45 quand le groupe sort sur l’indémodable « Don’t Stop Me Now » de Queen, ce qui peut en dire très long sur la suite des événements, d’autant plus quand l’au revoir de Gaëtan se transforme en « à plus tard, à tout de suite ». Mais je vous laisse juges de l’interprétation à en tirer ! En termes de mise en scène, rien de transcendant, ce n’est pas Beyoncé ni même Johnny, mais les lumières sont assez sophistiquées, Zénith oblige, pour vraiment mettre en valeur la musique, et il faut bien dire que c’est pour ça que nous étions là. D’ailleurs, le manque de mise en scène ne s’est pas tellement fait sentir, à mon sens, tant l’énergie, ou l’émotion, suivant les chansons, que dégagent les trois hommes, Gaëtan Roussel en tête bien sûr, se suffit à elle seule.

En résumé, c’est une soirée qui ressemble un peu à ces retrouvailles avec d’anciens potes de lycée que tu n’as pas vus depuis une éternité : tu te demandes comment ça va se passer, et au final, la réponse est : trop vite ! Et il faut croire que c’est plutôt bon signe. En l’occurrence, en plus d’une heure et demie de setlist, le temps n’aura jamais semblé long, car le trio a su organiser le show de manière à ce que personne ne soit laissé sur sa faim, que ce soit les fans du nouvel album, ceux de l’ancien temps, ceux des envolées lyriques du violon d’Arnaud, ceux de l’énergie de Robin, ou ceux de la plume et de la voix si identifiables de Gaëtan. Ce quintet sur scène apporte aussi plus de matière que la formation précédente, avec des synthés suffisants, mais pas omniprésents, en appui des quatre musiciens de la composition habituelle du groupe.

Setlist :

Ton invitation
Avec le temps
Anomalie
Si l’on marchait jusqu’à demain
Il n’y avait que toi
L’insouciance
Léa
Du grand banditisme
La chute
Tu dis rien
Pour un oui pour un non
La brune
Amours
Les nuits parisiennes
Je t’emmène au vent
Si c’était hier
Arrache-moi
Chaque jour reste le nôtre
Vous avez l’heure
Un peu de patience

Live report : Aline Meyer.
Photos : Zénith OfficielNicko Guihal | Photographer.

Une réflexion au sujet de « Louise est de retour »

  1. J’ai toujours beaucoup aimé ce groupe, et il fait partie de ces incontournables qui réunissent plusieurs générations, c’est agréable de voir un public aussi éclectique. Louise Attaque doit être un des groupes les plus « grands publics » ayant intégré le violon de façon aussi importante.

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