Le metal est une question de ressenti individuel

Par défaut

« Metal » est un terme qui qualifie un genre musical. Or qualifier quelque chose, c’est tenter de facto de le caractériser, de lui apposer une étiquette, de le catégoriser. Bien évidemment, cette tentative de qualification est elle-même liée à une interprétation collective et/ou personnelle d’un phénomène. En tant que représentation mentale, la volonté de qualification – en l’occurrence de l’objet « metal » – paraît donc logiquement être le fruit du culturel et non de l’inné (ndlr : soyez rassurés, cet article n’est pas un cours magistral donc essayez de rester concentrés bande de mauvais élèves !).

Les mécanismes du langage permettent de jouer sur les concepts, les mots et sur le sens qu’on veut bien prêter à ces derniers. C’est d’ailleurs ce paramètre qui donne principalement son cachet à une langue, qui en fait sa richesse. Ainsi, quand on y réfléchit, « Metal » est par exemple un terme qui ne veut objectivement pas dire grand-chose notamment parce que le ressenti par rapport au style (ce qu’il est pour nous, ce qu’il incarne, pourquoi il nous touche, comment il nous fait vibrer, ce qu’il nous apporte…) est quelque chose qui relève du ressort individuel. En d’autres termes, si pour la majorité des gens le mot « Metal » est un terme de cinq lettres qui représente, en gros, « une musique qui met en avant de grosses guitares » … pour moi il s’agit juste d’un terme de cinq lettres et rien de plus.

Par exemple, un artiste comme Paul Personne ne fait pas de metal mais, de mon point de vue, il appartient quand même à notre grande famille. Non pas pour une Histoire commune qui aurait étroitement liée toute la carrière de cet artiste à notre style musical mais bien plutôt pour les vibrations musicales qu’il fait partager. Dans un ordre d’idée connexe, des artistes comme , Jamiroquai, Justice etc. ne font objectivement pas partie de la grande famille du metal mais, malgré tout, ils peuvent y être associé à plus d’un titre car le metal c’est de la musique, la musique c’est de l’ouverture et l’ouverture c’est avant tout un état d’esprit personnel (le culturel, encore et toujours, on y revient…).

Dans cette optique, et toujours en guise d’exemple, il vous (nous) sera ainsi compliqué de justifier (musicalement et/ou sur la base de critères objectifs) la non-présence du dernier album d’Archive dans la playlist de Radio Metal alors que le dernier disque d’Anathema est, pour sa part, bel et bien présent.

En fait, vouloir repousser les limites (barrières ?) d’un style de musique me paraît indispensable car c’est d’abord réaffirmer l’idée que le style musical en question n’est pas grand-chose sans les autres genres musicaux au même titre qu’un être humain n’est presque plus rien, sur le volet relationnel, sans les autres individus. Le metal, vous pouvez le voir partout où vous voulez le voir car il n’existe pas vraiment, il a été inventé, il est le fruit de notre imagination à tous, il est lié à notre ressenti personnel, c’est un état d’esprit, une philosophie pour certains, une religion pour d’autres, il correspond à nos critères et à nos expériences individuelles, c’est juste un mot, un concept, une idée et il ne signifie rien de général… mise à part ses cinq lettres qui lui donnent simplement une identité.

Zazie, dont la pochette de l’album Zen (1995) illustre ce billet, ne fait pas du metal stricto sensu mais la tension d’une chanson comme « Fou De Toi » en ligne ci-dessous est palpable et me fait penser à mon genre musical favori.

En effet la manière qu’elle a de murmurer, de chuchoter, de susurrer me remémore des chanteurs (metal ou non-metal) que j’admire et qui savent jouer avec leur voix autant qu’avec leur souffle. A ce titre, je trouve que la façon dont Zazie chante correspond parfaitement à la thématique abordée par le morceau et sur ce « Fou De Toi » je ressens dans la combinaison « phrasé/paroles » proposée par l’artiste une certaine forme d’oppression, de tension sexuelle, d’urgence – « des excès de vitesse », >« allons, allons, y’a pas de temps à perdre » etc. – souvent présentes dans une autre scène dont je suis amoureux et qui aime jouer avec les machines : celle des musiques industrielles. Les très courts accords de guitare bien sentis présents dans ce morceau renforçant d’ailleurs mon impression.

Alors Zazie fer de lance de la scène indus ? Bien entendu je ne dis pas cela car affirmer une chose pareille serait une sacrée sottise ! Simplement, la variété est souvent qualifiée de « musique de supermarché » alors que, très souvent et comme dans tous les styles musicaux, on y trouve une incroyable richesse qu’il est amusant de décortiquer/analyser musicalement pour savoir pourquoi on apprécie certains morceaux, albums et/ou artistes. Et c’est ce constat que je voulais dresser avec vous aujourd’hui.

Sur un autre volet, le metal est un style très souvent porté sur les symboles avec, pour le soutenir, une communauté de fans authentique, parfois primaire d’ailleurs, mais toujours très engagée pour la défense du style. Et en écoutant la chanson « Fou De Toi », je me suis ainsi remémoré cette idée notamment car, question symbole, ce morceau traite également d’un combat et d’un engagement que je considère comme sain : celui de la parité.

En effet, à travers le prisme de la relation amoureuse les paroles de « Fou De Toi » ont notamment pour objectif de renverser le schéma traditionnel « homme – femme » – ce fameux schéma « où l’Homme domine perpétuellement, et ce dans tous les contextes, une Femme qui subit passivement la situation » étant sévèrement ancré dans notre société (et ce même en 2012 alors que le titre en question date de la mi-90’s…) – en montrant la Femme actrice de sa propre vie, qui prend des décisions et qui peut mener le bal relationnel « comme un Homme » en « portant aussi bien que lui l’alcool et le pantalon ». Dans ce véritable appel au combat « contre le monopole de la déclaration » j’y vois beaucoup d’intelligence et c’est pour cette raison que, combinée à l’atmosphère électrique dégagée par cette chanson (déjà évoquée plus haut), ce titre me parle. D’ailleurs j’apprécie cette chanson métaphorique de Zazie car j’y lis, aussi bien dans les paroles que dans la musique, une forme de colère larvée que j’aime aussi beaucoup dans le metal. Même si, comme vous le savez, dans le metal cette colère est souvent exprimée de manière musicale beaucoup plus… hmmm… brutale !

Mon regard sur cette chanson de Zazie est bien entendu le fruit d’un ressenti personnel et je comprendrai complètement que d’autres personnes abordent ce titre d’une manière très différente de la mienne – peut-être même que vous considérez ce morceau « comme une simple chanson variétoche de plus… » – et c’est justement cette diversité de jugements qui est intéressante et tend d’ailleurs à prouver que, décidément, très rares sont les choses en musique qui peuvent être objectivées.

Sur ce, je profite de ce billet placé sous le signe de l’ouverture pour vous remercier de votre impressionnante fidélité, pour vous dire que nous sommes complètement fous de vous et pour, bien entendu, vous présenter mes vœux. Très cher(e)s camarades, que 2013 soit à la hauteur de vos espérances et que votre santé à toutes et tous soit préservée des maux de l’existence.

(Article initialement sorti sur le site de Radio Metal)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *