La déception Airbourne

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En pénétrant dans l’enceinte du Radiant en ce samedi 10 décembre, j’avais une image en tête : celle de voir avec Airbourne un des groupes les plus énergiques de la scène metal. Car fait un peu surprenant : malgré avoir arpenté en long, en large et en travers beaucoup de festivals français et européens, je n’avais jamais eu l’opportunité de voir une prestation intégrale des Australiens, seulement des bouts ici et là.

Au cours de ces quelques minutes éparses de shows, j’avais tout de même pu noter un investissement total de musiciens capables de fédérer une foule à chaque fois au taquet avec leur hard rock aux relents d’AC/DC, mais un AC/DC à la sauce heavy sur-vitaminée qui se rapproche plutôt musicalement de la puissance et de l’intensité d’un groupe comme W.A.S.P. que du blues/hard.

Artiste : Airbourne
Date : 10 décembre 2016
Salle : Radiant
Ville : Caluire

Airbourne fait partie des artistes dont la réputation sur CD et en live a pour conséquence qu’il est toujours possible de le classer, comme à ses débuts, dans la catégorie des « Têtes d’affiches possibles de demain » même s’il sera difficile (pour ne pas dire impossible ?) pour tous ces groupes de metal ayant vu le jour après les années 2000 – Airbourne a été formé en 2003 – de remplir des stades à cause de l’évolution de l’industrie. Comme de très nombreuses dates françaises de cette tournée mettant en avant son quatrième album Breakin’ Outta Hell sorti en septembre dernier, le concert du Radiant affichait complet.

Preuve que la fanbase des Australiens ne s’est visiblement pas tarie – même si elle ne s’est pas forcément enrichie non plus, en tout cas pas aussi vite que ce que l’entourage du groupe aurait souhaité – car question chiffre il ne faut pas oublier que cette formation, seulement trois ans après son premier album Runnin’Wild (2007), s’était produite en tête d’affiche au Zénith de Paris devant près de 3 000 personnes. Mais comme évoqué plus haut, outre la qualité de ses compos c’est surtout pour ses prestations live que le combo est reconnu et plébiscité par la communauté metal. C’est donc avec une réelle curiosité, et l’envie de me prendre de nombreux uppercuts hard rock dans la figure, que je me suis déplacé à Caluire-et-Cuire, dans la banlieue de Lyon, pour assister à ce show.

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Cependant, ne prenons pas de gants, j’ai été déçu. Du genre « grave déçu » même ! Parce que, depuis que je connais Airbourne, tout ce que j’ai aperçu en concert, entendu de la part des fans ou lu de la part des chroniqueurs live m’avait vendu du rêve alors que sur place je n’ai pas trouvé ce que j’étais venu chercher : de la folie. Cela est dû à de multiples facteurs que je vais vous détailler ici.

Le premier, évidemment, est la présence live du groupe en tant que tel. David Roads (guitare rythmique) et Justin Street (basse) sont concentrés sur leurs instruments mais le fait qu’ils changent ponctuellement de place n’atténue en rien le caractère linéaire de leur prestation scénique. Cette dernière est en fait entièrement assurée par Joel O’Keeffe (chant/guitare) qui communique régulièrement avec le public ou ouvre, comme à son habitude, sa bière en mode rock’n’roll. Le musicien n’hésitera également pas pendant ce set à se balader dans les travées sur les épaules d’un vigile ou à sauter sur scène en partant de la batterie de son frère.

Mais là où je m’attendais à des musiciens à fond proposant un show où ces derniers ne s’arrêtaient pas de bouger, j’ai pu constater une prestation sans artifices qui à mes yeux n’était pas loin d’être aseptisée, caricaturale et ennuyeuse. Une déception d’autant plus grande lorsque la réputation live du groupe s’est construite sur « Mais Airbourne ce sont les tarés qui grimpent sur les échafaudages des festivals c’est ça ?! »…

S’il est évident que les groupes de hard rock proposent souvent une prestation scénique épurée (pensant par principe que c’est la musique qui compte avant tout), on peut tout de même regretter sur un concert pareil aussi peu d’artifices et de surprises (backdrop avec le nom du groupe remplacé par la pochette de l’album qui sera présente durant tout le set, aucune pyrotechnie et pas de jeu de lumières créatif mise à part la présence de canons à fumée), alors que le groupe en a les moyens financiers. Car si appeler « spectacle » ce qui consiste simplement à voir une fois durant le set un des membres du quatuor monté sur une estrade : merci pour la surprise ! Fort heureusement, et comme on pouvait s’y attendre, les tubes du groupe auront fait passer la pilule de ce manque de spectacle (ce qui est quand même un comble pour un groupe comme Airbourne !).

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Mais le manque d’entrain dans mon analyse de ce set est aussi lié à d’autres paramètres à ne pas négliger si l’on a la volonté d’être honnête. Arrivés sur place au moment où la seconde première partie finissait son set, nous avons dû nous placer à côté de la table de mixage située au fond de la salle. Une position qui nous a probablement fait perdre une partie de l’énergie live du groupe car il n’est pas du tout impossible que, placés dans les premiers rangs, nous ayons pu mieux saisir et ressentir la chaleur du groupe australien (il est incontestable que les premiers rangs ont bien bougé et slammé sur ce concert).

Le placement à un concert compte, et peut-être qu’être placé à cet endroit à joué sur mon ressenti d’une prestation édulcorée sur le plan de l’énergie. Comme si les vibrations de la scène n’étaient pas capables de franchir ce mur invisible du vingtième rang. Il faut également signaler que la fosse du Radiant était d’une mollesse incroyable qui ne peut seulement s’expliquer par le show moyen devant ses yeux. Tels des zombies statufiés, les membres de l’audience semblaient assister au set comme si ils n’y participaient pas. Des spectateurs au sens littéral.

Un public lyonnais très froid dont la performance aura été à l’image de cette soirée : décevante. Car sortir de la salle en se disant « C’était sans plus mais ça envoie quand même ! » ne peut être suffisant quand on assiste à un concert d’un groupe comme Airbourne sûrement capable de bien plus en live et qui devrait malgré tout songer à enrichir son set sur le plan visuel s’il ne veut pas finir par lasser ses propres fans.

Setlist :

Ready To Rock
Too Much, Too Young, Too Fast
Chewin’ The Fat
Rivalry
Girls In Black
It’s All For Rock ‘n’ Roll
Down On You
Breakin’ Outta Hell
No Way But The Hard Way
Stand Up For Rock ‘n’ Roll
Rappels :
Live It Up
Runnin’ Wild

Live report : Amaury Blanc
Photos : Aline Meyer (Paris)

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