Affaire Phil Anselmo : le salut par la méditation

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Le 22 janvier dernier, Phil Anselmo a fait un salut nazi sur scène en criant « White Power » ce qui a déclenché un tollé dans le microcosme du metal et même au-delà. Si cette affaire a été choquante à bien des égards – c’est le cœur de cet article – il est un fait qui à mon sens n’a pas assez été souligné : cette polémique malheureuse est née au Dimebash, un événement caritatif dont le but est de célébrer la mémoire et la vie de Dimebag Darrell, le joyeux guitariste de Pantera assassiné sur scène par un tragique 8 décembre 2004.

Le fait que Phil Anselmo se comporte de la sorte dans un tel cadre censé célébrer son pote disparu est d’emblée ce qui m’a le plus troublé. L’acte du chanteur est évidemment condamnable à la base mais le fait qu’il agisse dans ce contexte précis de joie et de célébration a donné à son geste une portée encore plus incongrue.

Car s’il y a bien quelqu’un qui a été touché de près par l’assassinat de Dimebag, c’est vraiment le chanteur de Down lui-même… Doit-on rappeler à ce sujet que Vinnie Paul, batteur de Pantera et frère de Dimebag, refuse toujours de parler à Phil Anselmo plus de onze ans après la mort du guitariste car il le tient en partie responsable de son assassinat (pour rappel Phil Anselmo et Dimebag Darrell s’étaient envoyés des scuds par médias interposés avant la mort de ce dernier et le tueur fou s’en était servi comme « argument » pour tuer le guitariste…) ? Ainsi, encore aujourd’hui, le contexte montre que s’il y a bien quelqu’un dont on peut penser qu’il doit se faire un peu petit quand l’ombre de Dimebag Darrell plane quelque part, c’est vraiment Phil Anselmo.

Mais c’est un peu le souci avec ce dernier : on a l’impression qu’il n’apprend jamais vraiment de ses erreurs et réitère toujours ses débordements. Qu’il soit alcoolisé ou non n’est en aucun cas une excuse et je trouve positives les levées de boucliers qui ont surgi au sein de la scène metal pour dénoncer son action. Tout simplement car, à la manière de Robb Flynn, énormément de fans ne se reconnaissent pas dans de tels agissements et je crois plus globalement qu’on ne peut pas constamment tout tolérer et à chaque fois légitimer des choses inacceptables au prétexte de l’alcool, de la drogue etc. D’autant plus que le chanteur de Down ne m’avait pas paru très sincère dans sa première vidéo d’excuse. Il est clair que Phil Anselmo n’a tué personne mais ça ne le dédouane pas pour autant d’éviter de faire n’importe quoi et je pense que l’opprobre qu’il a subi peut pour lui être salutaire… si vous me permettez ce mauvais jeu de mots pourtant fort à propos ! En tout cas si la spirale dans laquelle il s’est mis tout seul contribue à le faire réfléchir alors on pourra dire que l’emballement médiatique dont il a été l’épicentre aura au moins servi à quelque chose.

Dans cette affaire Phil Anselmo, qui aura donc défrayé la chronique et animer nos gazettes pendant deux semaines, nous sommes allés de surprise en surprise. Le débordement de Phil Anselmo a été une surprise ; que ça se passe au Dimebash a été une surprise ; que Robb Flynn fasse une vidéo pour clasher publiquement un confrère chanteur de metal a été une surprise ; que le FortaRock prenne la décision de ne pas faire jouer Down (le groupe de Phil Anselmo) lors de sa future édition a été une surprise ; que le Civic Theatre fasse le même choix que le FortaRock alors que cette salle de concert est située dans la ville d’origine de Down (la Nouvelle-Orléans) a été une surprise ; que le chanteur propose selon ses dires à ses compères de Down de continuer sans lui a été une surprise etc.

Mais si cela peut paraître étonnant à priori que les élucubrations d’un artiste bourré à Los Angeles aient un fort impact à des niveaux différents et bien au-delà du spectre musical, il faut tout de même rappeler que ce qu’a fait et crié Anselmo est un acte politique en tant que tel. A ce titre, d’autant plus dans une société hyper connectée où l’info va à cent à l’heure grâce à la puissance des réseaux sociaux, il paraît finalement assez logique qu’un acte politique ait des conséquences politiques.

Sur ce volet j’ai néanmoins été surpris que le Civic Theatre fasse une donation à la Fédération Juive De La Nouvelle-Orléans. Si je comprends bien pourquoi la salle le fait, et le bon sentiment qui va avec, j’avoue tout de même avoir du mal à saisir pourquoi on se retrouve à aller sur un terrain politico-religieux alors que, concernant ce fait précis, la communauté juive n’a rien à voir avec cette affaire. S’il est bien évident qu’elle a été dans l’histoire intrinsèquement liée au geste en tant que tel d’Anselmo, je suis étonné qu’un mec alcoolisé qui fait n’importe quoi sur scène conduise d’autres personnes à se dire « c’est intolérable, je ne me reconnais pas là-dedans donc je vais faire une donation à une communauté x ou y pour affirmer ma solidarité avec elle et afficher publiquement ma volonté de me démarquer de cet acte ». Le geste de Phil Anselmo si riche en symboles aura donc suscité bien des interprétations/actions personnelles et un remue-ménage également très riche sur le volet symbolique !

En France les conséquences de cette affaire auront une fois de plus montré que le concept de politique est indissociable de celui de récupération politique. Si Ben Barbaud a fait le choix de défendre son ami Phil Anselmo en maintenant son groupe sur l’affiche du Hellfest 2016, la condamnation de ce maintien par la région Pays-De-La-Loire et le fait qu’elle finisse par retirer sa subvention au festival à cause de cette polémique auront une fois de plus souligné le comportement ridicule de politiques toujours prêts à choper le moindre prétexte pour faire leur beurre et préserver leurs intérêts personnels. Qu’une région retire sa subvention pour des raisons fallacieuses à un festival géré par des gars du cru (qui emploient quinze salariés à l’année et dont les retombées pour la région Pays-De-La-Loire sont colossales) est de mon point de vue aussi insupportable et minable que les débordements en tant que tel de Phil Anselmo.

Mais même si ces deux actes n’ont rien à voir, ils auront en tout cas rappelé que lorsque le politique intervient dans le culturel cela laisse rarement présager de choses positives.

A Phil Anselmo de méditer le sujet !

2 réflexions au sujet de « Affaire Phil Anselmo : le salut par la méditation »

  1. 87

    Papier intéressant sur une affaire qui a pris clairement une ampleur un peu démesurée.

    Concernant Anselmo et son attitude, je pense malgré tout qu’il ne faut pas oublier ce putain de facteur alcool. Barbaud a bien résumé la chose en parlant d’un type qui perd pied à 3 grammes et qu’il n’est pas le seul dans ce cas. Alors non, être enivré n’excuse que dalle, mais ça donne des pistes de compréhension. Moi, j’y vois juste un mec torturé et rempli de colère qui l’exprime d’une manière assez nauséabonde quand l’alcool le désinhibe. J’en ai déjà vu aussi tenir des propos condamnables une fois trop de godets éclusés. Et j’ai compris leur comportement, que je savais volontairement déviant et provocateur. Ces mêmes mecs se levaient le lendemain et se mordaient les doigts rien qu’à penser à ce qu’ils avaient fait la veille au soir. Ils ont simplement eu la chance de ne pas être des personnages publics.

    A propos du fait que Vinnie Paul se refuse à tout contact avec Anselmo, je t’invite à lire le bouquin de Rex qui donne également des indices sur l’attitude du batteur dont on ne doute toutefois pas du traumatisme profond né de la mort aussi brutale de son frère. Là encore c’est trop unlatéral pour être pris comme argent comptant, mais ça donne des indications à ne pas négliger.

    Concernant le cas Flynn, ce type qui a un melon qui ne franchit pas les portes, d’autant plus depuis qu’il a compris qu’internet était une tribune d’expression libre, j’ai envie de te dire que ça m’a gonflé. Ce type s’impose bien trop souvent en donneur de leçon alors qu’il devrait aussi réviser ses gammes et apprendre qu’internet, c’est aussi l’interdiction du droit à l’oubli, en témoigne cette photo qui circule avec lui, hilare, en présence de types qui font un salut nazi. Chacun devrait se constituer son opinion propre sur l’affaire et ce n’est clairement pas le rôle d’acteurs majeurs du metal de dévoiler – avec toute l’influence qu’ils peuvent avoir sur leurs fans – leur façon de penser.

    Mais finalement, le problème n’est pas là, il tient finalement davantage au personnage responsable du débordement que du geste en lui même. Anselmo a été l’incarnation du charisme. En plus de chanter dans un des groupes les plus influents des 90’s et d’imposer un skeud de stoner comme nouvelle référence du genre, il a toujours eu la sympathie de la communauté metal qui finalement, lui pardonne tout. Moi y compris, et c’est sans doute une erreur.
    On sait qu’Anselmo, on sait qu’il déconne, on lui pardonne. Il est assez immunisé par l’affection profonde et sincère que lui portent les fans. Pourquoi ? Je l’ignore, peut être parce que ce type, tu voudrais qu’il soit ton pote et qu’il l’est un peu devenu quand tu as grandi avec les VHS Home Videos, et que finalement à ton pote, tu lui pardonne tout.

    Et en ce qui me concerne, et c’est peut être un résultat de l’affection que je porte à Anselmo et ma volonté de prendre la défense des personnes qui se font lyncher pour des erreurs pas si dramatiques que ça, j’ai trouvé le bonhomme sincère dans ses excuses.

    Et c’est là toute la difficulté du truc : j’écoute beaucoup de BM, et farfouille en permanence dans les tréfonds de l’underground et me laisse toucher par des skeuds dont je sais les auteurs être des fifous bras droit levé et finalement personne ne me le reproche. Ils comprennent qu’on peut dissocier l’homme de l’artiste, ce que j’ai toujours fait faute de quoi ma culture Black Metal se réduirait comme peau de chagrin.
    Dans le cas d’Anselmo, il n’a que peu ou prou été associé aux polémiques et son geste fait resurgir quelques discours puants tenus 20 ans plus tôt.

    Voilà pour ma manière de penser sur cet article qui tape très juste sur cette partie :

    « Sur ce volet j’ai néanmoins été surpris que le Civic Theatre fasse une donation à la Fédération Juive De La Nouvelle-Orléans. Si je comprends bien pourquoi la salle le fait, et le bon sentiment qui va avec, j’avoue tout de même avoir du mal à saisir pourquoi on se retrouve à aller sur un terrain politico-religieux alors que, concernant ce fait précis, la communauté juive n’a rien à voir avec cette affaire. S’il est bien évident qu’elle a été dans l’histoire intrinsèquement liée au geste en tant que tel d’Anselmo, je suis étonné qu’un mec alcoolisé qui fait n’importe quoi sur scène conduise d’autres personnes à se dire « c’est intolérable, je ne me reconnais pas là-dedans donc je vais faire une donation à une communauté x ou y pour affirmer ma solidarité avec elle et afficher publiquement ma volonté de me démarquer de cet acte ». Le geste de Phil Anselmo si riche en symboles aura donc suscité bien des interprétations/actions personnelles et un remue-ménage également très riche sur le volet symbolique ! »

    Un peu comme si la prétendue « communauté metal » devait s’unir et prouver matériellement qu’elle n’est pas raciste. J’y vois là davantage un moyen de se donner bonne conscience en faisant d’un acte de charité une action ostentatoire destinée à dédiaboliser la sphère metal.

    Voili voilou. Merci de m’avoir lu :p

  2. Ce que j’en pense c’est que Phil devrait VRAIMENT arrêter de boire parce qu’il dépasse les limites. Phil a éclipsé son pote Dimebag par son dérapage qui en rappelle d’autres. Il faut d’abord se rappeler de tout ce que ces mecs ont donné à des milliers de fans tout au long des 90’s.

    La polémique, je ne la comprend pas trop. Est-il raciste? Lui seul sait ce qu’il y a dans sa tête. Il a l’air assez crédible et apitoyé par son propre cas. Tout le monde a entendu ses excuses. A nous de les accepter et de passer à autre chose.

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