« Pourquoi j’aime PNL » (par Guillaume Bernard de Klone)

Par défaut

pnl3

J’ai récemment vu le groupe de metal atmosphérique français Klone en concert. Et en discutant avec les membres de Klone après le show, Guillaume Bernard, l’un des deux guitaristes, m’a expliqué que la formation poitevine n’arrêtait pas d’écouter PNL, ce qui m’a un peu surpris car j’imaginais mal ces gars-là écouter ce genre de musique ! Je m’étais penché vite fait sur PNL, en 2016, avec le clip de « Naha » présent sur leur deuxième disque intitulé Dans La Légende. J’avais trouvé ça surprenant et pas mal musicalement, avec un univers visuel incontestablement léché et fort, mais je n’avais pas approfondi. Le fait que Guillaume me dise « mec, approfondis et tu vas devenir accro ! » m’a donc incité à aller plus loin.

Et il avait raison : j’apprécie cette musique clairement addictive par son côté tranquillisant. D’ailleurs, je comprends parfaitement leur succès de plus en plus important comme le prouvent les ventes de leur dernier album en date, Deux Frères. Le fait que cette musique parle particulièrement aux jeunes des cités est pour moi logique. En effet, la lenteur de leurs compositions est une belle analogie de ce que peut être l’ennui de cette jeunesse (qui me paraît souvent être) livrée à elle-même. Et il me paraissait intéressant d’avoir sur PNL l’avis d’un groupe de metal français important car reconnu et respecté par ses pairs pour ses talents de composition.

Mais je laisse Guillaume vous parler de tout cela et inaugurer, par là même, la nouvelle rubrique de ce blog consacrée aux tribunes. En effet, dorénavant des tribunes seront régulièrement offertes à mes interlocuteurs dans ces colonnes. Elles seront proposées systématiquement au discours direct et traiteront de sujets très variés.

« J’ai découvert PNL il y a deux ans avec le titre “Le Monde Ou Rien” sur le téléphone d’un pote qui venait de tomber dedans. Ma première réaction a été comme une sorte de rejet/dégoût de l’esthétique du groupe, de l’Auto-Tune à burne et des textes que je trouvais bien débiles. Par la suite, j’ai partagé ce titre avec mes amis pour partager cette découverte… puis rigoler avec les copains ! Mais, petit à petit, je me suis fait à l’esthétique du groupe et les mélodies de voix se sont mises à pénétrer mon cerveau.

Je commençais à entendre ces mélodies dans ma tête dès le réveil !

J’ai commencé à ressentir une sorte d’addiction, un besoin d’y revenir souvent, comme si l’écoute de leur zik me mettait dans une sorte d’hypnose. Je ressentais de l’apaisement à les écouter. Un pote m’a offert l’album Dans La Légende pour mon anniversaire et on a commencé à faire tourner le disque en boucle dans le camion pour partir en tournée avec Klone. C’était un bon divertissement et on avait l’impression que le temps passait plus vite sur la route !

J’arrive à faire des parallèles entre la zik de Pink Floyd et PNL par rapport au climat qui se dégage, les ambiances, la réverb’, le côté apaisant… On se sent bien zen après une séance PNL ! J’aime le côté assumé du groupe. L’utilisation de l’Auto-Tune fait partie intégrante de leur concept et je trouve qu’ils maîtrisent cela bien mieux que tout le monde et ils arrivent à en faire quelque chose d’artistique. La production des voix est particulièrement intéressante et hyper-travaillée à l’extrême. Quand on écoute PNL, l’on se retrouve un peu sur une autre planète, avec tout un tas de codes à décrypter. Par exemple, les textes sont difficilement compréhensibles à la première écoute. J’y découvre un jargon de la cité qui m’était totalement inconnu et le décryptage n’est pas facile au départ ; l’auditeur a l’impression parfois de se retrouver un peu face à des hiéroglyphes.

Mais tout finit par prendre sens en creusant un peu.

Je trouve que PNL arrive à retranscrire au mieux le blues et le mood des cités. On arrive facilement à se mettre à leur place, dans leur quotidien. Ils sont parfois touchants dans leurs textes. J’aime ce mélange de mélancolie, d’humour gratuit, de punchlines débiles et de rimes faciles. C’est ça la formule qu’ils nous proposent. Il y a aussi comme une aura spirituelle qui se dégage de tout cela. Contrairement au rap old school, j’adore leur flow et leur façon de se placer rythmiquement avec la musique. Il y a de l’air, ça respire et le côté évasif laisse place à beaucoup d’interprétations. J’aime aussi leur façon d’approcher la langue française et l’affranchissement des règles de grammaire dont ils n’ont strictement rien à foutre.

PNL est un vrai phénomène. Ils ont réussi à casser tous les codes et faire quelque chose de nouveau et original. Il y a aussi quelque chose d’émotionnellement fort !

On a passé beaucoup de temps à débattre sur le groupe et j’ai vu pas mal de personnes dans mon entourage qui ont fini par devenir accro. Il y a un réel effet addictif incontrôlable, et une fois qu’on a réussi à franchir les barrières des voix, des textes et de l’Auto-Tune, on se retrouve transporté dans leur cosmos. Quand je me retrouve face à des réfractaires, je me plais à leur expliquer qu’ils ont tout simplement raté le train ! Beaucoup de gens venant du rap old school ont du mal à accepter que les choses ne soient pas figées et qu’une autre approche du style soit possible. On entend souvent dire que c’était mieux avant, etc., et je remarque que beaucoup ont du mal à accepter l’évolution des choses… Je les appelle les Zemmouriens de la musique ! :)

Pour apprécier PNL, il faut être ouvert d’esprit et aussi savoir se mettre à la place de l’autre. A côté de la musique, j’apprécie aussi leur façon de communiquer. Leur parcours indé est assez remarquable et j’ai beaucoup de respect pour cela. Leur succès est mérité et l’on sent très bien à quel point ils ont travaillé dur pour arriver à un tel résultat.

Guillaume Bernard
Klone »

Klone_2018_10_31_18

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *