L’avis de Jeff sur le nouveau Rammstein

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Le nouveau Rammstein a entraîné beaucoup de réactions au sein de notre staff. J’ai fait ma bafouille après celles de Tiphaine puis Thib. Et comme Jeff, je parle ici de Jean-Florian Garel (chroniqueur et animateur sur l’antenne RM), était également motivé pour en parler, je lui ai accordé ci-dessous une tribune pour qu’il puisse se faire plaisir. Si mes collègues sont d’accord, mon but sera de faire un sondage sur les réseaux sociaux de Radio Metal pour connaître la chronique préférée de notre public parmi les trois qu’on aura donc proposé ! Tiphaine étant hors concours parce que, contrairement à nous, elle n’avait écouté l’album qu’une seule fois.

Moi je dis : ce serait cool que le gagnant de ce sondage se fasse payer le resto par les deux autres ! 😉

La tribune de Jeff :

« Peu de groupe de metal peuvent se targuer d’être connus de tous. Le titanesque Rammstein a réussi ce pari au même titre qu’un Metallica, ou d’un Marilyn Manson : son nom est dans la culture populaire. Pour cause, en 25 ans le groupe a façonné un univers complet porté sur ses mises en scènes spectaculaires, ses ambiances riches, une efficacité indéniable amenant cette facilité à produire des tubes, et évidemment le chant singulier de Till Lindemann en allemand. Inutile de les présenter donc, mais rappelons que Rammstein est une entité solide qui n’a subi aucun changement de line-up et qui poursuit un parcours sans faute. Entre leurs divers projets solos, les musiciens ont donc pris le temps de puiser leur inspiration pour le successeur de Liebe Ist Für Alle Da. C’est donc dix ans après que le groupe plutôt extraverti revient sous sa forme la plus sobre avec un album sans titre et une allumette en guise d’artwork.

L’apparence minimaliste de cet album très attendu est presque une première provocation envers son public qui s’attend à en prendre plein la vue, et les clips vidéos de « Deutschland » et « Radio » sont d’ailleurs la démonstration qu’ils ne se sont pas calmés à ce niveau-là. Mais concentrons-nous plutôt sur nos oreilles puisque ces deux premiers titres, qui sont présentés comme les deux singles, ne sont pas seulement des tubes dansants, si nous pouvons les qualifier ainsi, mais ils incarnent le savoir-faire de Rammstein à manier des hymnes entraînants portant un message fort de sens. « Deutschland » revisite les faces obscures de l’histoire allemande et « Radio » rappelle le temps de la guerre froide où les membres du groupe, tous ayant vécus en Allemagne de l’Est, se cachaient pour écouter les radios de l’Ouest. Du sérieux sur des refrains fédérateurs, cela fait partie de leur identité rappelant des « Feuer frei !», « Links 2 -3 – 4 », et évidemment « Amerika ». Tout aussi sérieusement, Rammstein s’attaque aussi à la religion avec « Zeig Dich » (montre-toi) en usant des chœurs pour l’ambiance liturgique et des riffs tranchants pour servir un message direct et offensif.

Les Allemands savent évidemment être plus légers puisqu’ils ont une autre thématique de prédilection bien connue : le sexe. « Ausländer » suit donc les aventures d’un éternel touriste qui vagabonde de pays en pays, et de partenaire en partenaire, le temps de quelques heures, le tout sur un titre symbiotique entre electro-dansant et metal indus, là encore assez immédiat à la première écoute qui ne manquera pas de s’inscrire à son tour sur les incontournables hits du groupe. Malgré son groove « Sex » paraîtra peut-être plus anecdotique même si son côté coquin est subtilement porté par la musique et par un Till bien déchaîné, fidèle à lui-même sur ce sujet-là. Mais le sexe n’est rien sans l’amour et là encore Rammstein y va de ses quelques balades avec « Diamant » assez courte pour ne pas lasser l’auditeur comme pouvait en pâtir un « Frühling In Paris » par exemple. Les Allemands évoquent aussi le refus d’aimer pour ne pas souffrir avec « Was Ich Liebe » qui là encore touchera davantage par les refrains portés par Till. « Weit Weg » continuera à manier les paradoxes avec le clavier de Flake au sonorité seventies élançant un long paysage, en évoquant d’une manière bien étrange l’histoire d’un voyeuriste sur un titre rafraîchissant.

L’univers de Rammstein, c’est aussi dépeindre des ambiances angoissantes avec des histoires souvent glauques. Pour y parvenir, Till utilise le regard de l’enfant seul dans un environnement particulièrement malsain (« Spielhur », « Hilf Mir »). C’est à nouveau le cas dans l’inquiétante « Puppe » qui conte l’histoire d’un jeune enfant qui essaye de dormir à côté de sa grande sœur qui se prostitue (comme on peut le deviner dans le texte) et qui pour s’apaiser utilise sa poupée qui la protège, et comme on l’entend dans le lâché prise et la décompensation de Till qui vrille au chant, le jeune enfant n’a d’autre choix que de détruire la poupée (ce qui est symboliquement fort, vous aurait répondu le psychanalyste Donald Winnicott). « Hallomann » qui conclut l’album n’en sera pas moins sordide semblant évoquer un pédophile s’adressant à une petite fille sur la plage, là encore en deux temps musicaux avec un premier presque apaisant et une bascule plongeant l’auditeur dans l’immondice de l’homme.

Nous pouvions nous inquiéter que Rammstein peine à proposer quelque chose de neuf. En somme les Allemands ont prouvé avec ce nouvel album qu’ils savent toujours composer et qu’ils restent inspirés tout en usant de la même recette qui a fait leur succès. Pour autant, là où ils se distinguent des autres géants du metal, c’est que le disque est suffisamment hétérogène pour pouvoir avoir les mêmes prétentions que ses prédécesseurs. Il y a des ambiances à la Mutter, à la Herzeleid, et même à la Rosenrot. Peut-être que des titres marqueront moins les esprits que d’autres, mais cela a toujours été le cas sur leurs albums. En tout cas nous pouvons parier sur le long terme : dans quelques temps les titres phares de cet album éponyme auront la même aura que les morceaux cultes du passé. Chaque fan se retrouvera dans plus d’un passage de cet album et finalement aucun disque ne semble faible à côté des autres tant qu’on retrouve le même plaisir à y revenir… En cela, ils prouvent à nouveau que leur statut culte n’a rien de démérité. »

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