La dévotion pour Tool n’a pas de frontières

Par défaut

Un dilemme important se pose fréquemment lorsque l’on voit Tool en live : en tant que spectateur, doit-on avant tout ressentir ou voir ? Car si les riffs parlent aux cervicales et les montées en régime des Américains à l’âme, l’œil – si important dans l’univers du groupe – est en live constamment sollicité par les images défilant sur les écrans géants qui entourent la formation américaine. Le tout a tendance à rendre le fan schizophrène, car voir Tool en live, c’est apprendre à headbanguer tout en gardant les yeux ouverts… même si l’on sait qu’en fermant les yeux on peut parfois ressentir les choses encore plus intensément ! Le but étant de rester à l’affût pour ne rien manquer, même s’il s’agit d’un vœu pieux tant il se passe de choses sur scène.

Nous avons suivi le groupe sur sa récente tournée européenne lors de quatre dates : Prague, Vienne, son passage au Hellfest Open Air et le concert de Zurich. Nous devions également couvrir le dernier concert de la tournée à Lisbonne mais Easyjet en a décidé autrement. Notre avion, et donc notre voyage, ayant été annulé.

Artistes : Tool – Fiend
Dates : 4, 5, 23 et 25 juin 2019
Salles : 02 Arena, Wiener Stadhalle, Hellfest et Hallenstadion
Villes : Prague, Vienne, Clisson et Zurich

Tool est un groupe que nous avons vu une dizaine de fois en live depuis 2006. Le but sur cette tournée était donc de varier les plaisirs en vivant les concerts de manières différentes, en étant placés à différents endroits dans la salle pour déterminer ce qui nous plairait le plus. Puisque nous étions toujours tiraillés par la question de fond qui ouvre ce carnet de bord, cela nous permettait de nous intéresser, selon les sets, avant tout au show visuel proposé, à la musique en tant que telle ou aux projections vidéo. Dans cette optique, nous avons fait Prague dans les gradins en étant assez proches du groupe, Vienne dans la fosse avec le groupe à dix mètres de nous, le Hellfest placé plus loin, mais également au centre, et le concert de Zurich au premier rang, une belle récompense après ces longues heures de route et d’attente sous la canicule.

Mais avant tout cela, mode anecdote on, je me dois de partager avec vous une petite victoire personnelle ! Lorsque le groupe a annoncé sa tournée, je me suis précipité sur le site de billetterie Ticketmaster pour prendre le maximum de places selon mes contraintes budgétaires. Et forcément, sur certaines dates je n’avais pas le choix de l’emplacement. Si à Prague ma place était située non loin de la scène, à Vienne j’étais vraiment placé à l’autre bout de la salle. Et comme indiqué plus haut, j’avais prévu de faire le concert dans la fosse pour profiter du show différemment de Prague. Donc là, quand j’arrive dans la salle, je vais à ma place et me rends compte de l’éloignement. Je me dis « Amaury, ce n’est pas possible ! T’es quand même beaucoup trop loin ! ».

Du coup, je descends et j’essaye de passer en fosse. Là, forcément, l’équipe technique de la salle me dit que je ne peux pas passer car j’ai un billet gradins et la fosse est complète. Mais revient cette terrible phrase dans ma tête « Amaury, ce n’est pas possible ! T’es quand même beaucoup trop loin ! ». Et j’attends. Cinq minutes. Dix minutes. Trente minutes. Pourquoi j’attends ? Etant arrivé à l’ouverture des portes, je savais qu’il y avait deux entrées pour aller en fosse. Etant grillé auprès des agents de contrôle de billetterie sur l’entrée de droite, je vais donc me poser non loin de l’entrée de gauche. Je ne peux pas présenter mon billet car il n’est pas valable, vous l’avez compris. Alors j’attends pour tenter de passer quand même en profitant d’une période de forte affluence, en espérant que l’agent de contrôle regarde mon billet sans vraiment le regarder. Ce qui peut arriver quand l’agent a vraiment beaucoup de billets à regarder. D’autant plus que les indications de l’emplacement exact (porte, catégorie, rang, etc.) restent tout de même écrites en petit sur un billet. Regardant travailler les agents de manière individuelle, je note que l’une d’entre elles paraît un peu moins regardante que les autres, un peu plus désinvolte, un peu moins concernée. Après plusieurs tentatives où je renonce en considérant que le rush n’est pas assez important, je finis par me glisser dans un joyeux petit troupeau qui rentre d’un coup dans la fosse en montrant son billet aux agents. J’essaye tant bien que mal de masquer les infos gênantes de mon billet, tout en avançant rapidement avec eux. Et me voici dans la fosse avec un sourire et un soulagement dont il est probable que seuls les fans ultimes des groupes qui vous sont chers peuvent vraiment comprendre…

Lors du concert, profitant à 1000% du moment, je jetterai de temps en temps un œil à cette place si lointaine où j’aurais dû être.

Sur ces quatre concerts, où le groupe français Fiend a ouvert de main de maître lorsqu’il s’agissait de concerts en salle, le meilleur fut celui du Hellfest. C’est même le meilleur des neuf que j’ai vus du groupe. Tool a très rapidement enchaîné ses morceaux à Clisson car il voulait donner le maximum dans le temps imparti, qui était forcément plus court qu’en salle. Il a donc enchaîné les titres à vitesse grand V, ce qui n’était pas le cas sur les autres dates. L’enchaînement « Jambi » / « Forty Six And Two » ayant par exemple été assez fou. Le son était incroyable et le show surtout a bénéficié de quelque chose de complètement inédit qui a apporté énormément à Clisson : le gigantisme des écrans géants. En plus du décor et des écrans du groupe, situés derrière la scène, le fait d’avoir ces deux immenses écrans sur les côtés a créé un univers « 100% Tool » carrément monstrueux. Tool a profité des infrastructures du Hellfest pour livrer un show dantesque et c’est peut-être aussi pour cette raison que je sens chez le groupe, enfin surtout chez Maynard (chant), une affection toute particulière pour le festival français qui a récemment accueilli A Perfect Circle et Puscifer.

C’est comme si le groupe avait VRAIMENT voulu donner le meilleur de lui-même sur ce set, j’ai vraiment ressenti cela comme ça. Difficile pour votre serviteur de prouver cette assertion – ce n’est pas un fait et c’est basé sur mon ressenti après avoir vu beaucoup de concerts du groupe – mais le fait d’enchaîner aussi vite les morceaux et celui d’avoir une attitude aussi dynamique me poussent à cette analyse. J’ai par exemple vu un Maynard encore plus en mouvement que lors des autres dates. Les autres musiciens ont pour leur part été fidèles à leurs prestations habituelles. Ils sont toujours aussi impressionnants : surtout Justin Chancellor dont le son de basse original régale à chaque fois, comme l’extraordinaire Danny Carey qui fait partie des meilleurs batteurs au monde. Evidemment, Adam Jones (guitare) aura été à la hauteur et nous aurons entendu bien peu de pains sur ces quatre concerts… si l’on met de côté le fait qu’à Prague Justin a commencé à faire le riff de « Forty Six And Two » alors qu’il avait oublié que « Jambi » devait être joué auparavant ! Quant à la voix de Maynard, elle fut au top comme on pouvait s’en douter.

La setlist variera d’un titre selon ces quatre concerts proposés puisque « Part Of Me » sera joué uniquement au Hellfest. Connaissant l’attachement du public européen, un attachement de plus en plus important au vu du nombre de spectateurs présents (le groupe jouait au minimum devant 12 000 personnes chaque soir alors que nous l’avions vu jouer à Grenoble et Lyon en 2006 devant beaucoup moins de spectateurs), Tool aurait sans doute pu varier encore plus ses morceaux. Néanmoins, les fans sont en droit d’espérer un retour de Tool en Europe après la sortie de son nouvel album Fear Inoculum, le 30 août prochain. Une sortie légèrement attendue qui donnera, qui sait, l’occasion au public de prendre une nouvelle claque avec des morceaux exceptionnels, et non joués sur cette tournée européenne, comme « Lateralus », « Pushit », « Right In Two », « Sober », etc. Sur cette tournée, le public en salle aura malgré tout profité de petites pépites non négligeables, comme ces ponts rallongés sur les chansons « Schism » ou « Stinkfist ».

Le concert de Tool à Zurich nous a permis de voir le groupe au premier rang. Le fait de voir ses musiciens d’aussi près a permis de se concentrer uniquement sur la musique et de voir le jeu de regards entre eux. Ici c’est avant tout la concentration/attention maximale des musiciens qui frappe aux yeux. Les musiciens sont habités et les plus souriants sont Justin et Danny. Même Maynard nous a paru plus détendu qu’aux Etats-Unis. Notamment sur la fin du concert où il prendra plus de temps pour saluer la foule et ses collègues. Si être aussi bien placé nous aura permis de récupérer une baguette de Danny lancée dans la foule (que je planquerai sous mon T-shirt jusqu’au moment d’atteindre la voiture ! oui je suis parano qu’est-ce que tu crois !), tout en profitant d’une expérience de concert privilégiée, le fait de ne pas pouvoir aussi bien profiter du show visuel du groupe (lumières, lasers, vidéos) reste quand même frustrant quand on connaît la qualité de ce qui est proposé derrière soi. Avoir fait le concert au premier rang restera un souvenir énorme mais, sur le plan personnel, je pense qu’un show de Tool se savoure pleinement dans son ensemble, dans l’idéal en étant placé au centre de la fosse et en restant proche de la table de mixage. Ce qui correspond finalement bien à la philosophie du groupe, et à ses paroles, qui incitent à quelque chose de fondamental dans nos vies parfois tourmentées : la nécessité de prendre du recul.

C’est aussi pour cette raison que je n’en veux pas au groupe de m’avoir engendré un problème de cervicales, tellement j’ai headbangué sur le titre « The Pot » à Prague ! Mettant en avant des extraits de clips du groupe, ou des images propres à son univers visuel, les vidéos projetées sur les écrans mériteraient à elles seules un live report car elles sont éminemment connectées aux paroles de Tool. Régénérescence de l’âme, développement de l’acuité, épanouissement à 360 degrés pour être en phase avec soi-même : Tool n’est pas qu’un groupe de musique, c’est une philosophie. C’est pour cette raison que la dévotion et la gratitude de ses fans sont considérables.

Unconditional one.

Setlist Prague, Vienne et Zurich :

Ænema
The Pot
Parabol
Parabola
Descending
Schism
Invincible
Intolerance
Jambi
Forty Six & 2
Rappels :
CCTrip
Vicarious
(-) Ions
Stinkfist

Setlist Hellfest :

Ænema
The Pot
Parabol
Parabola
Descending
Schism
Invincible
Intolerance
Jambi
Forty Six & 2
Part Of Me
Vicarious
(-) Ions
Stinkfist

Photos au Hellfest 2019 : Nicolas Gricourt.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *